The Brown Daily Herald Vendredi 4 avril 2008
En septembre dernier, « quelque chose » d’étrange atterrit près du village rural péruvien de Carancas. Deux mois plus tard, Peter Schulz se rendit sur les lieux.. « La chose » était un météore extraterrestre qui percuta la Terre à 16 000 km/h, forma un cratère bouillonnant de près de 50 pieds (15 m) de diamètre et affligea les villageois et le bétail d' une mystérieuse maladie. Le géologue Brown pourrait avoir compris pourquoi. ©Brown Daily Herald | Peter Schultz, professeur de Sciences Géologiques |
« La masse ardente traversa le ciel matinal en éclatant et crépitant comme un feu d’artifice », ont déclaré les villageois après l’impact du 15 septembre. Un crash explosif projeta les habitants au sol, brisa des fenêtres à un kilomètre de distance et éjecta un énorme nuage de poussière, couvrant un homme de la tête aux pieds avec une fine poudre blanche. Beaucoup pensèrent que la boule de feu rapide – plus brillante que le soleil, selon certains compte-- rendus – était une attaque aérienne du pays voisin, le Chili.
Des bergers et des fermiers curieux s’approchèrent du site du crash pour trouver un cratère fumant, évoquant un film hollywoodien, chargé de pierres et agité d’eau bouillonnante qui émettait une vapeur fétide Mais la curiosité tourna à la peur quand des symptômes inexpliqués commencèrent à surgir à Carancas : » maux de têtes, vomissements et lésions cutanées frappèrent plus de 150 villageois », déclara le ministre de la Santé du Pérou quelques jours plus tard. Les habitants rapportèrent que leurs animaux perdirent leur appétit et saignèrent du nez. Les enfants étaient agités et pleuraient toute la nuit. Mais selon Schultz, le professeur des sciences géologiques qui se rendit sur le site en décembre dernier, le vrai mystère de Carancas réside dans la manière dont les faits se produisirent au prime abord.. Une théorie sophistiquée et la sagesse conventionnelle ont convenu depuis longtemps que la plupart des météores se brisent en fragments et disparaissent avant d’atteindre la surface de la Terre. Même ceux qui sont assez grands et résistants pour traverser l’atmosphère percutent le sol comme des fantômes de leur ancien moi, « faisant plouf hors du ciel et formant un impact de balle dans la Terre, » a dit Schultz. « Ce météore s’écrasa dans la Terre à trois kilomètres par seconde, explosa et s’enterra dans le sol. » Le mois dernier, Schultz donna une conférence anticipée à la 39e Conférence des Sciences Lunaires et Planétaires à League City au Texas. Et s’il a raison, la théorie audacieuse qu’il y proposa peut déclencher une « réaction viscérale » dans les sciences géologiques, physiques et astronomiques : « Carancas n’aurait pas dû arriver. » Un réseau de spéculation La poignée de bergers qui se trouvèrent en train de conduire leurs troupeaux d’Alpaca près de l’arroyo ce jour-là peuvent avoir été les premiers hommes à jamais être témoins d’un impact de météore explosif. Mais le reste du monde y participa rapidement, même si c’est indirectement, par une activité agitée dans la blogosphère. Des centaines de scientifiques, journalistes et amateurs captivés donnèrent leur avis sur les événements bizarres à mesure qu’ils se révélaient, offrant des quantités de théories préférées et les révisant radicalement quand plus d’informations arrivaient du Pérou. La « Pravda », un journal russe en ligne né d’une version imprimée dirigée par l’ancien Parti Communiste du pays, édita le grand titre « Un satellite espion américain abattu au Pérou quand l’attaque nucléaire étasunienne sur l’Iran menaçait » cinq jours après l’impact. L’histoire attribue la maladie des villageois à un empoisonnement de radiations venant du générateur de puissance au plutonium du satellite. D’autres explications proposées étaient moins sensationnelles. Le biologiste de la vie sauvage du Nevada et géologue amateur David Syzdek écrivit un post de blog le 18 septembre intitulé « L’impact de météorite au Pérou gaze les villageois ? Peut-être que non. » Dans ce blog, il proposait qu’un volcan de boue produisant des gaz toxiques soit responsable à la fois de la maladie et du cratère. « Les Andes sont très actives géologiquement, je pense donc qu’il y a une bonne probabilité que ce cratère soit provoqué par une explosion d’activité géothermique, » a-t-il écrit. Quant à la lumière aveuglante traversant le ciel, Szydek l’attribue à une coïncidence. « Les météores sont tout à fait communs, » a-t-il écrit. « Un scénario possible est que les gens qui ont vu la boule de feu se trouvèrent sur un volcan de boue récemment formé tandis qu’ils cherchaient le site d’impact du météore. » Bien que la Pravda et Szydek tirèrent des conclusions radicalement différentes à partir des rapports qu’ils partageaient l’un et l’autre, beaucoup de bloggeurs et même certains scientifiques faisaient preuve d'un scepticisme sain sur les rapports venant du Pérou. La Pravda et Szynek faisaient remarquer tous les deux dans leurs posts qu’une explosion assez puissante pour créer un cratère aussi grand serait équivalente à 1000 tonnes de TNT, soit une bombe nucléaire tactique. Quand j’ai vu la première fois les rapports d’actualité, ils ne me semblèrent pas exacts, déclara plus tard Szydek dans une interview. « Des impacts explosifs comme celui-ci ne se produisent pas. » « Une balle courbe[1] hypervéloce »Gonzalo Tancredi, un astronome uruguayen qui collabora avec Schultz à Carancas, déclara que les rapports initiaux de l’impact confondirent les amateurs et les Ph. D. pareillement. Des scientifiques perplexes envisagèrent même la possibilité d’un canular tandis que les rumeurs se propageaient dans la communauté scientifique. « Au début il y eut des doutes quant à ce qui s’était réellement passé là, » déclara Tancredi. « Nous pensions que c’était peut-être une chute de météore ou peut-être que c’était quelque chose d’autre, même quelque chose de faux. » Mais quand Tancredi se rendit à Carancas quelques semaines plus tard, ce qu’il observa fit taire les conspirations et désigna sans équivoque une conclusion. Tancredi interviewa les habitants, qui rapportaient un grand nuage en champignon qui se forma au-dessus du cratère et des ondes de compression qui renversèrent les villageois au sol. Il trouva des morceaux de sol et de roches qui avaient été lancés à plus de trois terrains de football du cratère – un morceau perça même le toit d’une grange à 100 mètres de distance. Combinés aux analyses des détecteurs infra soniques et les modèles d’éjecta[2] du cratère, les faits désignèrent un authentique et très puissant impact de météorite. Mais la question qui resta à l’esprit de tous fut : comment le météore atterrit-il à cet endroit – une énigme scientifique qui fut rendue encore plus stimulante par Michael Farmer. Farmer est une figure controversée dans la communauté géologique. C’est un chasseur de météorites, un braconnier des roches extraterrestres qui voyage jusqu’aux sites d’impact dans le monde entier – habituellement le type « d’impact de balle dans la Terre » mentionné par Schultz – et ramasse ce qu’il peut trouver, allant souvent à l’encontre des autorités et d’autres chasseurs. La chasse des météorites est un travail à plein temps pour Farmer ; il gagne de l’argent en vendant ce qu’il trouve. Farmer, qui se décrit comme « totalement autodidacte » quand il en vient aux météores, a dit qu’il était aussi sceptique que les autres quand il entendit d’abord les rapports émanant du Pérou alors qu'il était en chasse en Espagne. Mais 16 jours plus tard, lui et ses partenaires se trouvèrent en train de regarder le cratère d’impact de Carancas, les premiers Américains sur les lieux – et ils trébuchèrent sur une mine d’or extraterrestre. « Nous nous rendîmes sur les lieux commençâmes à ramasser des morceaux sur le sol, » dit Farmer. « Tout le sol était blanc, de la poudre blanche qui provenait du météore. » Farmer et son équipe accumulèrent en fin de compte 10 kilogrammes de petits fragments de météorite et les vendirent à des collectionneurs privés et des universités pour un prix astronomique de 100 dollars le gramme. Mais malgré son passé rocailleux avec la communauté géologique, Farmer et ses fragments coûteux rendirent une contribution inestimable aux scientifiques. En quelques minutes sur le site, Farmer découvrit que la météorite de Carancas était une chondrite, une météorite en pierre, par opposition à une météorite en fer. Quoique bien plus commune que les météorites en fer, les chondrites sont hautement vulnérables à l’ablation – la fissuration, l’érosion et même l’explosion qui se produit quand une météorite entre dans l’atmosphère et subit des changements extrêmes en température et en pression. En conséquence, les chondrites ont bien moins de chance que les météorites en fer résistantes pour atteindre la surface de la Terre sous forme de grands morceaux – ce qui rend la météorite de Carancas d’autant plus déroutante. « Pendant quelque temps, la seule information que nous avions venait du site Internet de Farmer, » déclara Schultz. « Ce n’était pas le type d’objet auquel vous vous attendiez pour traverser l’atmosphère sous forme de bloc dense. » Avec la plupart des morceaux du puzzle géologique sur la table, la scène était en place pour que Schultz se rende sur le site pour lui-même. Mais quand il y arriva en décembre avec un étudiant diplômé de Brown, Tancredi et l’astrophysicien péruvien Jose Ishitsuka, un géologue en herbe fit réellement la découverte cruciale. Scott Harris GS révèla avoir ramassé quelques échantillons de sol « initialement par curiosité » pour chercher des preuves de déformation par choc, qui se produit quand un objet décélère rapidement dans des cas comme des impacts ou des explosions. Quand Harris observa les matériaux sous microscope, il trouva que de minuscules grains minéraux s’étaient transformés en verre par suite de la chaleur et des forces de choc énormes, indiquant un impact à très haute vitesse. C’était encore une autre pièce à conviction mystérieuse. « Au minimum, » a déclaré Harris, « cela soutiendrait une vitesse de trois kilomètres par seconde – une réelle explosion à haute vitesse au lieu d’un simple plouf dans le sol. » À ce moment-là, des théories scientifiques de l’impact plus réputées avaient supplanté la spéculation initiale, dont la plus populaire venait d’un groupe en Allemagne et en Russie. Ils proposaient que le météore soit entré dans l’atmosphère de la Terre sous un angle très faible, lui permettant d’atteindre la surface graduellement et d’éviter une augmentation soudaine de pression – « La différence entre plonger verticalement et faire un plat, » a dit Schultz. Mais la vitesse d’impact relativement basse de 180 mètres par seconde de leur théorie, était cohérente avec chaque élément de preuve sauf celui de Harris , qui indiquait une vitesse d’environ 16 000 kilomètres / heure à l’impact. « C’était la manière de la nature d’envoyer une balle courbe, » déclara Schultz. « Une balle courbe hypervéloce. » Changement de forme, changement de théorie De retour à Providence, Schultz fut confronté alors à la tâche d’ajuster les pièces du puzzle en une théorie cohérente.. Et pour ce faire, il regarda la plus proche planète voisine de la Terre, Vénus. « Nos modèles font des prédictions sur le type d’objets qui peuvent atteindre la surface de la Terre, à quelle vitesse, et le météore de Carancas n’est pas habituellement l’un d’entre eux, » a dit Schultz. « Mais Vénus a une atmosphère bien plus dense et nous trouvons toujours des cratères à sa surface. Comment s’y sont-ils faits ? Je pense que ce pourrait être la même chose ici. » Pour expliquer la théorie alternative qu’il a développée, Schultz compara une descente typique de météore à un skieur nautique derrière un bateau. « Normalement, quand vous êtes à l’extérieur du sillage, vous êtes poussé encore plus loin, » affirma Schultz. « De mon expérience en regardant Vénus, j’ai réalisé qu’il y avait une certaine condition où le skieur reste à l’intérieur du sillage et est réellement poussé vers l’intérieur. » À la dernière conférence des Sciences Lunaires et Planétaires, Schultz proposa que le météore se fragmente en morceaux, mais que les ondes de choc créées par la masse en mouvement puissent les avoir maintenus rapprochés. Et puisque le météore est descendu comme un bloc de fragments au lieu d’un seul grand morceau, il s’est reformé le long de la trajectoire pour devenir plus aérodynamique, comme un ballon de football ou un javelot perforant l’air au lieu d’un morceau de roche mal formé. C’est comme avoir une Volkswagen qui se transforme en Ford Taurus, » a déclaré Schultz, ajoutant que cette sorte de reformatage est bien connue des géologues qui étudient les îles et l’interaction terre-mer. « Si vous mettez un gros tas de saletés dans un cours d’eau, ce tas se transformera finalement en une forme de goutte d’eau. Il essaie de minimiser le frottement. » Tancredi, qui co-signa l’article avec Schultz, Harris et Ishitsua, déclare que la théorie de Schultz gagne en popularité mais est encore débattue, même parmi le groupe qui l’a proposée. « C’est la question brûlante dans l’immédiat, » a-t-il déclaré. « Nous devons encore démontrer que ce phénomène est possible. » Entre temps, une autre question brûlante est restée sans réponse définitive – l’étiologie de l’étrange maladie qui a affligé les gens de Carancas. Mais le groupe peut résoudre ce mystère également. Schultz, Harris et Tancredi ont tous écarté la possibilité que la météorite émette des gaz nocifs qui rendraient malades les villageois. Au lieu de ça, ils ont proposé une cause plus simple : le pouvoir de l’esprit. L’impact de la météorite envoya une puissante onde de compression qui renversa au sol les villageois et les animaux à proximité et injecta de l’air dans le sol qui ressortit plus tard en faisant des bulles à travers le cratère. Les bergers et le bétail peuvent aussi avoir respiré la poussière dense éjectée par le crash et respiré les gaz sulfureux produits quand l’eau réagit avec le sulfure de fer dans le météore. Mais le groupe pense que ce qui se répandit plus tard dans le village ne fut pas la maladie, mais la panique. « Nous pensons que c’était probablement plus une réponse psychologique, » a dit Harris, ajoutant que des symptômes communs comme les maux de tête et les nausées pouvaient facilement avoir été causés par l’impact désorientant et ensuite reflétés par les villageois effrayés. Harris a aussi admis la possibilité que la météorite ait libéré des dépôts d’arsenic, qui sont connus au Pérou, mais a dit qu’il serait très improbable que ces gaz aient provoqué la maladie. « Pour obtenir un véritable empoisonnement à l’arsenic, vous avez besoin de hautes concentrations, » a-t-il déclaré. Vous devriez inhaler la vapeur remplie de ce poison juste après l’impact de la météorite. » Toxique ou non, la météorite de Carancas pourrait avoir d’importantes implications pour la sécurité publique. D'après Tancredi il n’y a pas de raison qu’un impact comme celui-ci ne se produise pas dans une grande ville, effaçant quelques pâtés de maison. Il a aussi fait remarquer que les détecteurs de météores les plus avancés aujourd’hui ne sont pas assez puissants pour détecter un objet aussi petit que la météorite de Carancas. « Les détecteurs d’objets proches de la Terre qui pourraient créer une catastrophe globale, donnent des résultats de l'ordre peut être d’un kilomètre de diamètre, » a-t-il affirmé. « Nous n’avons aucune sorte de technologie qui pourrait détecter cet objet avant qu’il atteigne l’atmosphère, il ne sera donc pas possible de savoir quand et où un de ces objets pourrait frapper à nouveau. » Mais Schultz a dit que la leçon la plus importante à apprendre de Carancas est que la fondation de la bonne science est la preuve empirique solide, même – et surtout – quand elle contredit un principe établi. « Nous avons essayé de comprendre ce que les roches nous ont dit plutôt que de regarder la théorie, » a-t-il affirmé. « La nature est victorieuse sur la théorie, » à chaque fois. [1] Curveball : terme de base-ball désignant une balle à effet, autorisant une trajectoire courbe - NdT [2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Ejecta Traduction française: Henri R. |