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L'état corporatiste et la subversion de la démocratie Imprimer Email
Écrit par Chris HEDGES   
WEDNESDAY, 24 SEPTEMBER 2008 00:26
TruthDig
Samedi 31 mai 2008

 

fascist_bush

©Inconnu

Chris Hedges a fait ce discours important le mercredi 28 mai au «Younts Conference Center» de l'Université Furman. Cette intervention faisait partie des protestations de la faculté et des étudiants au sujet d'une décision prise par l'université de Caroline du Sud : inviter George W. Bush pour y prononcer le discours accompagnant la remise des diplômes du 31 mai.

Quand il a été annoncé en mai que le président Bush ferait le discours de la remise des diplômes, une déclaration intitulée «Nous faisons objection» a été affichée sur le site Web de l'école, dûment contresignée par 222 étudiants et membres de la faculté.

Cette déclaration cite la guerre en Irak et «l'administration qui entrave la progression de la réduction des gaz à effet de serre tout en accordant des milliards de dollars de réduction d'impôts et de subventions aux compagnies pétrolières qui engrangent des profits records».

«Nous avons honte des actions de cette administration. La guerre en Irak a coûté la vie à plus de 4000 braves et honorables militaires étasuniens» exposait la déclaration. «Parce que nous aimons ce pays et les idéaux qu'il défend, nous assumons notre responsabilité civique pour parler de ces actions qui violent les valeurs étasuniennes.»

______________

Autrefois j'habitais dans un pays appelé Amérique. Ce n'était pas un pays parfait, Dieu le sait, surtout si vous étiez afro-américain, amérindien ou d'ascendance japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, pauvre, homosexuel, une femme ou un immigré, mais c'était un pays que j'aimais et honorais. Ce pays m'a donné l'espoir qu'il pourrait être meilleur.

Il payait à ses ouvriers des salaires qui étaient enviés dans le monde entier.

Il assurait à ces ouvriers, grâce aux syndicats et aux champions de la classe ouvrière au sein du Parti Démocrate et dans la presse, d'avoir des avantages en matière de santé et des pensions de retraite.

Il offrait une bonne éducation publique.

Il honorait les valeurs démocratiques de base et tenait en estime la loi, y compris la loi internationale et le respect des droits de l'homme.

Il avait des programmes sociaux de Head Start[1], aux allocations et à la Sécurité Sociale pour prendre soin des plus faibles parmi nous, les malades mentaux, les personnes âgées et les pauvres.

Il avait un système gouvernemental qui, quoique défectueux, était dédié à protéger les intérêts de ses citoyens.

Il offrait la possibilité d'un changement démocratique.

Il avait des médias diversifiés et dotés d'assez d'intégrité pour donner une voix à toutes les tranches de la société, y compris celles au-delà de nos frontières, pour nous transmettre des vérités désagréables, pour défier le puissant, pour nous expliquer nous-mêmes à nous-mêmes.

Je ne suis pas aveugle aux imperfections de cette Amérique, ni aux échecs à satisfaire ces idéaux dans le pays et à l'étranger. J'ai passé 20 ans de ma vie en Amérique Latine, en Afrique, au Moyen-Orient et dans les Balkans comme correspondant à l'étranger dans des pays où les crimes et les injustices étaient commis en notre nom, qu'il s'agisse de la guerre Contra au Nicaragua ou de la manière brutale dont les forces d'occupation israéliennes traitent les Palestiniens.

Mais il y avait beaucoup de bien, de décence et d'honneur dans notre pays.

Et il y avait l'espoir.

Le pays où je vis aujourd'hui utilise les même mots pour se décrire, les mêmes symboles et iconographie patriotiques, les mêmes mythes nationaux, mais il n'en reste plus que la coquille.

L'Amérique, le pays de ma naissance, le pays qui m'a formé, le pays de mon père, du père de mon père et du père de son père, en remontant les générations de ma famille qui étaient présentes à la fondation du pays, est diminuée au point d'être méconnaissable.

Je ne sais pas si cette Amérique reviendra, même quand je prie, travaille et fais tous mes efforts pour son retour. Le «consentement des gouvernés» est devenu une phrase vide. Nos manuels sur la science politique sont obsolètes. Notre État, notre nation, ont été kidnappés par les oligarques, les corporations et une petite élite égoïste politique, un petit groupe privilégié qui gouverne au nom des intérêts des fortunés. Nous subissons, comme l'a écrit John Ralston, «un coup d'état[2]au ralenti.» Nous sommes appauvris - légalement, économiquement, spirituellement et politiquement. Et à moins que nous ne renversions la vapeur, à moins que nous ne parvenions à arracher l'état des mains des corporatistes, nous serons absorbés dans le monde sombre et turbulent de la mondialisation où l'on ne trouve plus que maîtres et serfs, où le rêve américain ne sera pas plus que cela - un rêve, où ceux qui travaillent dur pour vivre ne peuvent plus gagner un salaire décent pour subvenir à eux-mêmes et leur famille, que ce soit dans des boutiques en Chine ou la rust belt[3]en train de pourrir de l'Ohio, où la dissidence démocratique est condamnée comme de la trahison ou réduite au silence sans pitié.

Je ne choisis pas de parti. Le Parti Démocrate a été aussi coupable que les Républicains.Ce fut Bill Clinton qui amena le Parti Démocrate à l'abreuvoir corporatiste. Il prétendait que le parti devait abandonner les syndicats de travailleurs, qui ne représentaient plus une source de votes ou de pouvoir, en tant qu'alliés politique. Les travailleurs, insistait-il, voteraient démocrate de toute façon. Ils n'avaient pas le choix. Selon lui, c'était mieux de prendre l'argent corporatif. Dans les années 1990, le Parti Démocrate, sous le leadership de Clinton, avait une parité virtuelle pour lever des fonds avec les Républicains. Aujourd'hui les Démocrates en ont davantage. En termes politiques, c'était un succès. En termes moraux, c'était une trahison.

Le North American Free Trade Agreement[4]fut vendu au pays par la Maison Blanche de Clinton comme une opportunité d'augmenter les revenus et la prospérité des citoyens des États-Unis, du Canada et du Mexique. Le NAFTA, nous a-t-on dit, contiendrait l'immigration mexicaine vers les États-Unis.

«Il y aura moins d'immigration illégale parce que plus de Mexicains seront capables de faire vivre leurs enfants en restant chez eux», a déclaré le président Clinton au printemps 1993 alors qu'il usait de toute son influence en faveur du projet de loi.

Mais le NAFTA, qui prit effet en 1994, eut le curieux effet d'inverser chacune des prédictions prometteuses de Clinton. Une fois que le gouvernement mexicain leva les soutiens au maïs et aux haricots pour les fermiers mexicains, ils durent se battre contre les énormes agro-alimentaire des États-Unis. Les fermiers mexicains furent rapidement mis en faillite. Au moins 2 millions de fermiers ont été expulsés de leur terre depuis 1994. Et devinez où nombre d'entre eux se sont réfugiés?

Cette fuite désespérée de Mexicains pauvres vers les États-Unis est maintenant exacerbée par les fermetures d'usines à grande échelle le long de la frontière à mesure que les fabricants déclarent forfait et quittent le Mexique à cause de l'invasion des articles à bas prix en provenance du capitalisme totalitaire de la Chine. Les travailleurs devaient s'enrichir. Tout le monde aurait été plus heureux. Je ne suis pas sûr de la manière dont ces choses contradictoires étaient supposées se produire, mais dans une société usant de déclarations à l'emporte-pièce, la réalité n'importe plus. Le NAFTA ouvrait des horizons intéressants pour les entreprises mais représentait un désastre pour les travailleurs.

Le projet de loisur la réforme des allocations de Clinton qui a été signé le 22 août 1996, annihila l'ensemble de la sécurité sociale de la nation. Il supprima les aides sociales en trois ans pour 6 millions de personnes, dont beaucoup de mères célibataires. Il les jeta à la rue, sans soin pour les enfants, sans aide au logement et sans couverture médicale soutenue. Des familles entières furent plongées dans la crise, luttant pour survivre en cumulant de multiples emplois rémunérés entre 6 et 7 dollars de l'heure, soit moins de 15 000 dollars par an. Mais ceux-ci avaient de la chance. Dans certains États, la moitié de ceux qui ne pouvaient prétendre à aucune aide ne pouvaient pas trouver de travail.

Clinton amputa Medicare de 115 milliards de dollars sur une période de cinq ans et diminua de 25 milliards le financement de l'assistance médicale aux défavorisés C'est un système pénitentiaire prospère et surpeuplé qui traita l'afflux des pauvres, de même que nos malades mentaux abandonnés. Et aujourd'hui nous nous retrouvons honteusement avec 2,3 millions de nos citoyens derrière les barreaux, la plupart pour des délits de drogue mineurs. Plus d'un adulte sur 100 aux États-Unis est incarcéré et un Noir sur neuf entre 20 et 34 ans est en prison. Les États-Unis, avec moins de 5% de la population mondiale, réunit presque 25% des prisonniers dans le monde.

Le désespoir croissant dans tous les États-Unis dénonce non seulement une récession - nous y sommes plongés déjà depuis quelque temps maintenant - mais la possibilité d'une dépression différente de tout ce que nous avons connu depuis les années 1930. Ce désespoir a poussé un ensemble de personnes brisées à vouloir travailler pour de bas salaires et sans syndicats ni avantages. Ce sont de bonnes nouvelles pour les entreprises. Ce sont de très mauvaises nouvelles si vous travaillez pour vivre.

Pour 90% des Américains les moins riches, le revenu annuel a connu un lent déclin régulier durant trois décennies. Le revenu de la majorité est monté à 33 000 dollars en 1973. En 2005, selon le reporter du New York TimesDavid Cay Johnston dans son livre Free Lunch, il a chuté à un petit peu plus de 29 000 dollars, ceci malgré trois décennies d'expansion économique.

Où est allé cet argent ? Demandez à Exxon Mobil, la plus grande société de pétrole et de gaz étasunienne, qui a fait un bénéfice de 1,9 milliards de dollars pendant le premier trimestre de cette année, nous obligeant à payer près de 4 dollars le gallon pour faire le plein de nos voitures. Ou mieux, demandez à Rex Tilllerson, directeur de Exxon Mobil Corp, dont l'indemnité a atteint près de 18% à 21,7 millions de dollars en 2007, quand la compagnie pétrolière a tiré le plus grand profit même pour une compagnie étasunienne. Son revenu net comprennait 1,75 millions de dollars de salaire, un bonus de 3,36 millions de dollars et 16,1 millions de prime en stock-options, selon une compagnie travaillant avec la U.S. Securities and Exchange Commission. Il a aussi reçu près de 430 000 dollars d'autres compensations, dont 229 331 dollars pour sa sécurité personnelle et 41122 dollars pour utiliser un des avions de la compagnie. En plus de toute cette manne, Tillerson, 56 ans, a reçu plus de 7,6 millions de dollars pour ses options et actions au cours de l'année. Exxon Mobil a gagné 40,61 milliards de dollars en 2007, 3% de plus que l'année précédente. Mais ce n'est pas la paie de 2007 de Tillerson qui atteignit la plus haute valeur de l'industrie du pétrole et du gaz étasunienne. Ray Irani, PDG de Occidental Petroleum Corp a touché 33,6 millions de dollars et James Hackett, le patron d'Anadarko Petroleum Corp a reçu 26,7 millions de dollars sur la même période.

Pour chaque dollar gagné en 2005, les 10% des plus riches ont perçu 48,5 cents.Ce fut la plus grande part du gâteau des revenus des 10% des plus riches, écrit Johnston, depuis 1929, juste avant que les années 20 rugissantes ne s'écroulent dans la Grande Dépression. Et dans les 10% des plus riches, ceux qui ont réalisé plus de 100 000 dollars de bénéfice, presque tous les gains allèrent au 1% des 10% des plus riches, des gens comme Tillerson, Irani, ou Hackett, qui réunirent au moins 31,7 millions de dollars cette année. Et à moins d'avoir une vraie réforme électorale, à moins que nous ne rendions possible la campagne présidentielle sans candidats baisant les bagues des Tillerson, Irani et Hackett pour avoir des millions de dollars, ce viol de l'Amérique continuera.

Bien que les Démocrates se soient très mal conduits, George W. Bush a fait encore pire.Mettons de côté l'Irak - la pire ignominie en politique étrangère de l'histoire américaine. George W. Bush en a aussi accompli plus pour démanteler notre Constitution, ignorer ou révoquer nos statuts et renverser les règles qui protégeaient les citoyens américains de l'abus des entreprises que tout autre président dans l'histoire américaine récente.

Le président, comme l'a rapporté le Boston Globe, a exigé l'autorité, par des «déclarations de pouvoir», pour désobéir à plus de 750 lois mises en vigueur depuis qu'il a pris le poste, affirmant qu'il avait le droit de mettre de côté tout statut approuvé par le Congrès lorsqu'il était en conflit avec son interprétation de la Constitution.

Parmi les lois que Bush affirme pouvoir ignorer se trouvent des règlements militaires, des dispositions «d'affirmative action[5]», des demandes faites au Congrès sur les problèmes de services aux immigrés, les protections d'«informateurs» pour les officiels des règlements nucléaires, et des mesures préventives contre l'ingérence politique dans la recherche financée au niveau fédéral.

La Constitution est claire en assignant au Congrès le pouvoir d'écrire les lois et au président le devoir «de s'assurer que les lois sont fidèlement exécutées». George W. Bush, cependant, a déclaré à maintes reprises qu'il n'avait pas besoin «d'exécuter» une loi qu'il estimait inconstitutionnelle. L'administration Bush a éviscéré la sécurité environnementale, l'alimentation et d'autres produits, et les normes de sécurité au travail avec leur mise en application. Et c'est pourquoi les mines de charbon s'effondrent, la bulle immobilière nous a éclaté au visage et on nous vend des jouets contaminés au plomb importés de Chine.

Bush a fait plus que tout autre président pour livrer directement notre gouvernement aux entreprises, qui obtiennent maintenant 40% des dépenses discrétionnaires fédérales. Plus de 800 000 emplois tenus à une époque par des fonctionnaires ont été délégués aux corporations, une action qui a non seulement donné le plein pouvoir à notre gouvernement corporatiste de l'ombre, mais a aussi aidé à détruire les syndicats fédéraux. Tout, depuis les prisons fédérales, la gestion des examens régulateurs et scientifiques, le processus ou le refus des demandes selon la loi sur la liberté de l'information, les interrogatoires des prisonniers et la direction de la plus grande armée de mercenaires envoyés en Irak est de nature corporative. Et ces corporations, dans un arrangement pervers,extorquent leur argent des citoyens étasuniens.

Halliburton en 2003 a reçu un contrat sans appel d'offres ni compétiteurs de 7 millions de dollars pour réparer les puits de pétrole d'Irak, de même que le pouvoir de surveiller et contrôler toute la production pétrolière du pays. Cela s'est transformée maintenant en 130 millions de dollars d'adjudication de contrat pour Halliburton. Et riche de dollars des contribuables, qu'a fait Halliburton? Il s'est assuré que seulement 36 de ses 143 filiales soient incorporées aux États-Unis et 107 filiales (soit 75%) sont incorporées dans 30 pays différents.Halliburton est capable par cet arrangement de baisser ses impôts sur le revenu à l'étranger en établissant une «corporation étrangère contrôlée» et des filiales à l'intérieur de pays avec un taux d'imposition plus bas ou inexistant, connus comme des «paradis fiscaux.» Ils prennent notre argent. Ils le dilapident. Et notre gouvernement corporatiste, non seulement les finance, mais les protège.Halliburton - et Halliburton n'est qu'un exemple - est le moteur de notre nouvel état voyou, servi par des gens comme George W.Bush et Dick Cheney, autrefois PDG de cette compagnie.

La disparité entre notre oligarchie et la classe ouvrière a créé un nouveau servage global. Les analystes du Crédit Suisse estime que le nombre de confiscations des hypothèques aux États-Unis au cours des deux dernières années totalisera 1390000 et à la fin de 2012, 12,7% de tous les emprunteurs de résidence aux États-Unis seront expulsés de leur domicile.

L'état corporatiste, qui en tant que concept ne représente qu'une abstraction pour beaucoup d'Américains, est très réel quand les faits sont assemblés et liés à un système de pouvoir corporatiste responsable de cette pauvreté, du déni de nos droits constitutionnels et d'un état de guerre permanente inévitable.

L'attaque de la classe ouvrière étasunienne - une attaque qui a dévasté des membres de ma propre famille - est presque terminée. L'économie étasunienne compte 3,2 millions d'emplois de moins aujourd'hui que lorsque George W. Bush a pris ses fonctions, y compris 2,5 millions d'emplois en production de moins.Au cours des trois dernières années, presque un travailleur étasunien sur cinq a été licencié. Parmi les ouvriers licenciés d'emplois à plein temps, grossièrement un quart gagnaient moins de 40000 dollars par an. Un total de 15 millions d'ouvriers étasuniens sont au chômage, sous employés ou trop découragés pour chercher un emploi, selon le département du Travail. Il y a des secteurs entiers des États-Unis qui ressemblent maintenant au Tiers-Monde. La classe ouvrière étasunienne ressemble à celle de la République de Weimar. Et l'attaque contre la classe moyenne est maintenant en route. Tout ce qui peut être informatisé - de la finance à l'architecture et à l'ingénierie - peut être et se révèle délocalisé vers des ouvriers dans des pays comme l'Inde ou la Chine qui acceptent une fraction de la paie et du travail sans avantages. Et les partis républicain et démocrate, redevables aux corporations de l'argent et du pouvoir que cela leur octroie, permettent que cela arrive.

Observez nos ministères. Qui dirige le département de la Défense? Le département de l'Intérieur? La Food and Drug Administration? Qui dirige le département du Travail ? Ce sont les corporations. Et au cours d'année d'élection où on nous endort par des absurdités, on ne nous parle de rien au sujet de cette subordination du peuple étasunien au pouvoir corporatiste. Les débats politiques, qui sont devenus des concours de popularité, sont ridicules et vides. Ils ne font pas face à la destruction réelle et avancée de notre démocratie. Ils ne font pas face à la prise en mains de nos processus électoraux.

Nous avons assisté au cours des dernières décennies à la montée d'un réseau puissant d'entités corporatistes entremêlées, un réseau d'arrangements en sous-secteurs, industries ou autres juridictions partiales pour diminuer et souvent abolir le contrôle et la surveillance extérieurs. Ces corporations ont neutralisé l'autorité nationale, étatique et judiciaire. Elles dominent, par exemple, une industrie de défense gonflée et dispendieuse qui est devenue sacro-sainte et au-delà de la portée des politiciens, dont la plupart se contentent de défendre les projets militaires dans leurs districts, peu importe leur redondance, parce qu'ils procurent des emplois. Cela a permis à un complexe militaro-industriel, qui contribue abondamment aux campagnes politiques, à s'étendre dans tout le pays virtuellement en toute impunité.

Les dépenses liées à la défense pour l‘année fiscale 2008 excéderont 1 trillion de dollars pour la première fois dans l'histoire. Les États-Unis sont devenus le plus grand vendeur d'armes et de munitions de la planète. Le budget de la défense pour l'année fiscale 2008 est le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale, même si nous accusons plus de 400 millions de dollars de déficits annuels. Plus de la moitié des dépenses gouvernementales va à la défense. Cela ne se terminera pas quand Bush quittera sa place. Et donc nous construisons des reliques de la Guerre Froide, comme des sous-marins à 3,4 milliards de dollars et des chasseurs furtifs pour échapper aux radars que les Soviétiques n'ont jamais fabriqués ; dépenser 8,9 millions de dollars pour la défense de missiles ICBM qui seront inutiles pour stopper un conteneur cachant une bombe sale.

L'industrie de la défense est capable de monopoliser les meilleurs talents scientifiques et de la recherche et dilapider les ressources et le capital d'investissement de la nation. Ces industries de défense ne produisent rien qui soit utile pour la société ou le bilan commercial national. Melman, comme le président Eisenhower, a vu l'industrie de défense comme un virus, quelque chose qui, quand il grandit, détruit une économie saine. Suivant cette logique nous produisons des avions de combat sophistiqués pendant que Boeing est incapable de finir son nouvel avion commercial dans les temps, et notre industrie automobile fabrique des tanks. Nous engloutissons l'argent dans la recherche et le développement de systèmes d'armes et manquons de technologies pour combattre le réchauffement global et pour les énergies renouvelables. Les universités sont inondées par l'argent et les bourses liés à la défense, et luttent pour en trouver aux fins d'études sur l'environnement. Ces dépenses militaires massives, aidées par cette guerre de 3,4 trillions de dollars, nous creuse de l'intérieur. Nos ponts et nos digues s'effondrent, nos écoles se délabrent et notre filet de sûreté est enlevé.

L'état corporatiste, commencé sous Ronald Reagan et poussé en avant par chaque président depuis lors, a détruit les institutions publiques et privées qui protégeaient les ouvriers et sauvegardaient les citoyens.

Seulement 7,8% des ouvriers dans le privé sont syndiqués. C'est environ le même pourcentage qu'au début des années 1900. On compte environ 50 millions d'Étasuniens en réelle pauvreté et des dizaines de millions d'Étasuniens dans une catégorie appelée «proche de la pauvreté». Notre système de santé est brisé. Dix-huit mille personnes meurent dans ce pays, selon l'Institut de la Médecine, chaque année parce qu'ils ne peuvent se permettre des soins médicaux. C'est six fois plus que les morts des attentats du 11/9, et ces morts inutiles continuent année après année.

Mais nous n'entendons pas ces histoires de douleur et de bouleversement. Nous sommes divertis par le pain et les jeux. Les actualités ne font guère plus que rapporter des futilités et des cancans sur les célébrités. La FCC, dans un exemple montrant la chute de nos standards, définit des spectacles comme le programme people« TMZ» de Fox et «700 Club» du Christian Broadcast Network comme des «informations sérieuses». L'économiste Charlotte Twight appelle ce vaste système corporatiste de spectacle et d'effondrement démocratique «fascisme participant».

Comment en est-on arrivé là? Comment cela est-il arrivé?

En un mot, dérégulation - le démantèlement systématique du capitalisme dirigé qui était la marque de fabrique de l'état démocratique étasunien. Notre déclin politique est arrivé à cause de la dérégulation, du rejet des lois anti-trusts et de la transformation radicale d'une économie de production en une économie du capital. Cette compréhension a mené Franklin Delano Roosevelt le 29 avril 1938 à envoyer un message au Congrès intitulé «Recommandations au Congrès pour freiner les monopoles et la concentration du pouvoir économique». Il y écrivait :

«La première vérité est que la liberté de la démocratie n'est pas sûre si le peuple tolère la croissance du pouvoir à un point où il devient plus fort que l'état démocratique lui-même. C'est, en essence, du fascisme - la détention du gouvernement par un individu, par un groupe ou par tout autre pouvoir privé de contrôle. La seconde vérité est que la liberté de la démocratie n'est pas sûre si son système d'activités ne procure pas des emplois, ne fabrique pas et ne distribue pas des biens de manière à soutenir un train de vie acceptable.»

La montée de l'état corporatiste a de graves conséquences politiques, comme nous l'avons vu en Italie et en Allemagne au début du 20e siècle. Les lois anti-trusts non seulement régulent et contrôlent le marché, mais elles servent aussi de remparts pour protéger la démocratie. Et maintenant qu'elles n'existent plus, maintenant que nous avons un État dirigé par et au nom des corporations, nous devons nous attendre à des conséquences politiques inévitables et peut-être terrifiantes.

J'ai passé deux ans à voyager dans le pays pour écrire un livre sur la droite chrétienne appelé American Fascists: The Christian Right and the War on America. Dans les villes anciennement industrielles en dépression de l'Ohio et du Kentucky c'était la même chose. Il y a des dizaines de millions d'Étasuniens pour qui la fin du monde n'est plus une abstraction. Ils ont perdu espoir. La peur et l'instabilité a plongé la classe ouvrière dans le désespoir personnel et économique et, sans surprise, dans les bras des démagogues et charlatans de la droite chrétienne radicale qui offre une croyance dans la magie, les miracles et la fiction d'une nation chrétienne utopique. Et à moins que nous ne replacions ces Étasuniens dans l'économie, à moins que nous leur rendions espoir, notre démocratie est condamnée.

À mesure que la pression monte, à mesure que ce désespoir atteint des secteurs de plus en plus grands de la population étasunienne, les mécanismes de contrôle corporatiste et gouvernemental sont renforcés pour empêcher les troubles et l'instabilité civils. Il n'est pas accidentel qu'avec la montée de l'état corporatiste vienne la montée de l'état sécuritaire. C'est pourquoi la Maison Blanche de Bush a fait passer le «Patriot Act» (et son renouvellement), la suppression de l'«habeas corpus», la pratique de «l'extraordinary rendition[6]», les écoutes téléphoniques sans mandat des citoyens étasuniens et le refus d'assurer des élections libres et honnêtes avec un décompte des votes vérifiable. Cela fait partie d'un ensemble . Tout s'enchaîne. Cela ne concerne pas le terrorisme ou la sécurité nationale. Il s'agit de contrôle. Il s'agit de leur contrôle sur nous.

Le sénateur Frank Church, en tant que président du Select Committee on Intelligence en 1975, a enquêté sur la massive et hautement secrète National Security Agency du gouvernement. Il a écrit:

«Cette capacité à tout moment pourrait être détournée contre le peuple étasunien et aucun Étasunien n'aurait de vie privée, telle est la capacité de tout surveiller : conversations téléphoniques, télégrammes, peu importe. Il n'y aurait nul endroit pour se cacher. Si ce gouvernement devenait jamais une tyrannie, si jamais un dictateur prenait ce pays en main, la capacité technologique que cette communauté du renseignement a donnée au gouvernement pourrait lui permettre d'imposer une tyrannie totale, et il n'y aurait aucun moyen de résister, parce que l'effort le plus prudent de s'allier en résistance au gouvernement, peu importe le niveau de secret, serait à portée de connaissance du gouvernement. Telle est la capacité de cette technologie ... Je ne veux pas voir ce pays franchir le pas. Je connais la capacité qu'il y a à rendre la tyrannie totale en Amérique, et nous devons voir que cette agence et toutes les agences qui possèdent cette technologie fonctionnent légalement et sous une supervision adaptée, afin de ne jamais franchir cet abîme. C'est l'abîme d'où l'on ne revient pas...»

Quand le sénateur Church a fait cette déclaration, la NSA n'était pas autorisée à espionner les citoyens étasuniens. Maintenant elle l'est.

Dans une cellule militaire à Charleston, un citoyen étasunien, Ali Saleh Kahlah al-Marri, est prisonnier dans un trou noir sur le sol étasunien. Il a été destitué de ses droits civiques le 23 juin 2003 par George W. Bush et déclaré «ennemi combattant». Il est détenu sans accusation, interrogé sans avocat et gardé indéfiniment.

Les avocats de l'administration Bush prétendent que le président peut envoyer l'armée dans n'importe quel quartier, ville ou faubourg, capturer un citoyen et le (ou la) garder en prison sans accusation. Ils fondent cette revendication sur l'Authorization for Use of Military Force, passée par le Congrès après le 11/9, qui donne au président Bush le pouvoir d'utiliser «toute force nécessaire et appropriée» contre quiconque serait impliqué dans la planification, l'aide ou l'exécution d'attentats.

Mais Al-Mari n'a pas été capturé en Afghanistan ou en Irak. Il a été arrêté à Peoria en Illinois, en décembre 2001. Et si le président peut déclarer les citoyens étasuniens vivant aux États-Unis ennemis combattants et ordonner qu'ils soient déchus de leurs droits civiques, que cela signifie-t-il pour nous? Combien de temps pouvons-nous être détenus sans accusation? Sans avocats? Sans accès au monde extérieur? Peut-être que Al-Mari est un terroriste, comme le prétend le gouvernement. Je ne sais pas. Mais je sais que si cela devient un précédent, si ce n'est pas annulé par les tribunaux, l'habeas corpus, le rempart le plus important de notre État démocratique, sera mort.

Mensonge après mensonge, on nous masque la destruction que l'état corporatiste a apporté dans nos vies. L'index des prix à la consommation, par exemple, utilisé par le gouvernement pour mesurer l'inflation, était devenu sans valeur. Pour garder les chiffres officiels de l'inflation à un bas niveau, le gouvernement a substitué les produits de base qu'ils utilisaient autrefois pour mesurer l'inflation par ceux qui n'augmentent pas beaucoup en prix. Ce «truquage» a gardé les augmentations du coût de la vie lié à l'index des prix à la consommation, artificiellement bas. La rupture entre ce qu'on nous dit et ce qui est réellement vrai est digne de l'ancienne Allemagne de l'Est. Le journaliste des consommateurs du New York Times, W. P. Dunleavy, a écrit que l'alimentation lui coûte maintenant 587 dollars par mois, au lieu de 400 dollars l'an dernier. C'est une augmentation de 40%. L'économiste de Californie John Williams, qui dirige une organisation appelée Shadow Statistics, conteste que si Washington utilisait encore les mesures du CPI appliquées dans les années 1970, l'inflation serait dans les 10%. L'avantage des corporations est énorme.

Un taux d'inflation erroné, un taux bien plus bas que le taux réel, garde les paiements d'intérêts équitables sur les comptes bancaires et les certificats de dépôt à bas niveau. Il masque la détérioration de l'économie étasunienne. Les statistiques Potemkine permettent aux corporations et à l'état corporatiste de ne pas se soucier des obligations liées aux ajustements réels pour l'inflation. Ces statistiques signifient que les remboursements de sécurité sociale sont moindres, de même que le montant des pensions. Ce «taux» a réduit l'intérêt sur la dette en multi-trillions de dollars. Les entreprises n'ont jamais à payer les réelles augmentations du coût de la vie à leurs employés.

Le terme «chômage» a aussi été constamment redéfini. Cela a rendu sans valeur les données officielles sur l'emploi. En termes réels, environ 10% de la population active est au chômage, un chiffre qui est, sur le long terme, intenable.

L'économie, malgré les statistiques officielles, n'est pas en croissance. Elle rétrécit. Et tandis que la nation s'écroule, nous sommes inondés par la terrible simplicité des fausses statistiques. Nous embrouillons nos réponses émotionnelles, soigneusement manipulées par les annonceurs, les experts, les spin doctors[7] C'est ainsi que nous élisons des présidents et ceux que nous envoyons au Congrès, comme cela que nous prenons des décisions, même des décisions pour partir en guerre. C'est ainsi que nous voyons le monde. Quatre géants des médias - AOL -Time Warner, Viacom, Disney, et le forum de Rupert Murdoch - contrôlent presque tout ce que nous lisons, voyons et entendons. Cette rupture croissante d'avec la réalité est la marque de fabrique d'un État totalitaire., les invités de la télé, les consultants politiques et les groupes test, en toute connaissance de cause.

«Avant qu'ils ne prennent le pouvoir et établissent un monde selon leurs doctrines,» Hannah Arendt a écrit, «les mouvements totalitaires évoquentun monde d'uniformité mensonger qui est plus adéquat aux besoins de l'esprit humain que la réalité elle-même, dans laquelle, par pure imagination, les masses déracinées peuvent se sentir chez elles et sont épargnées des chocs sans fin que la vraie vie réelle et les expériences réelles donnent aux hommes et à leurs attentes. La force possédée par la propagande totalitaire - avant que les mouvements n'aient le pouvoir de baisser des rideaux de fer pour empêcher de déranger quiconque par la plus légère réalité, le calme effrayant d'un monde entièrement imaginaire - repose sur sa capacité à séparer les masses du monde réel.»

Donc, que faisons-nous? Voter n'est pas suffisant. «Si voter était efficace», pour citer l'activiste Philip Berrigan, «ce serait illégal. Et voter dans une ère où les élections sont volées par des machines à voter trafiquées et une Cour Suprêmenoyautée voulant contourner toutes les procédures légales précédentes pour faire élire George Bush président, ne fonctionnera pas.

Je ne dis pas de ne pas voter. Nous devrions tous voter. Mais ce doit être le point de départ si nous voulons récupérer l'Amérique. Nous devons faire du lobbying, nous organiser etnous faire l'avocat de la dissolution de l'Organisation Mondiale du Travail et du NAFTA. L'OMT et le NAFTA ont menotté les ouvriers, les consommateurs et bloquent nos efforts pour créer des environnements propres. Ces accords sont au-delà du contrôle de nos tribunaux et ont mutilé nos organismes régulateurs affaiblis. L'OMT force notre classe ouvrière à être en concurrence avec du travail fait par des enfants et des prisonniers à l'étranger, à être réduit à ce niveau de travail d'esclave ou à se retrouver sans travail significatif. Nous devons rejeter la loi anti-ouvrier Taft-Hartley de 1947. La loi bloque l'organisation des syndicats. Nous devons transférer le contrôle des fonds de pension des mains des dirigeants aux ouvriers.Si ces fonds de pension, qui valent des trillions de dollars, étaient aux mains des ouvriers, la classe ouvrière posséderait un tiers du New York Stock Exchange.

La classe ouvrière a tous les droits, pour reprendre une phrase d'Obama, d'être amère avec les élites libérales.Je suis amer. J'ai vu ce que la perte des emplois de production et la mort du mouvement ouvrier a fait à mes proches dans les anciennes villes industrielles du Maine. Leur histoire est l'histoire de dizaines de millions d'Américains qui ne peuvent plus trouver un emploi qui permet à une famille de subvenir à ses besoins et procure des avantages basiques. Les hommes ne sont pas des marchandises. Ils ne sont pas des biens. Ils peinent, souffrent et ressentent le désespoir. Ils élèvent des enfants et luttent pour maintenir des communautés. La division des classes grandissante n'est pas comprise, malgré la facilité de parole de beaucoup de gens dans les médias, par les ensembles compliqués de statistiques ou la foi utopique absurde en la mondialisation non régulée et les marchés complexes. Elle est comprise dans les yeux d'un homme ou d'une femme qui ne gagne plus assez d'argent pour vivre dans la dignité et l'espoir.

George W. Bush qui sera ici samedi, a fait plus pour déchiqueter, violer ou dégager le gouvernement de ses obligations selon la loi nationale ou internationale. Il a refusé de signer le Protocole de Kyoto, s'est défilé du Traité sur les Missiles anti-Balistiques, a essayé de tuer le Tribunal International, a quitté les négociations sur les armes chimiques et biologiques et a défié les Conventions de Genève et les droits de l'homme. Il a établi des colonies pénales à l'étranger, où nous refusons aux détenus les droits fondamentaux et nous nous engageons ouvertement dans la torture. Il a déclenché une guerre illégale en Irak basée sur des preuves fabriquées dont nous savons maintenant qu'elles ont été discréditées avant même qu'elles ne soient rendues publiques. Et si nous en tant que citoyens ne le tenons pas pour responsable de ces crimes, si nous permettons à la majorité démocrate au Congrès de s'en tirer avec son refus de commencer le processus d'impeachment, ce qui apparaît probable, nous serons complices de la codification d'un nouvel ordre mondial, un ordre qui aura de terribles conséquences. Car un monde sans traités, statuts ou lois est un monde où toute nation, depuis un État voyou nucléaire jusqu'à une grande puissance impériale, sera capable d'invoquer ses lois intérieures pour annuler son obligation envers les autres.

Ce nouvel ordre annulera cinq décennies de coopération internationale - largement mise en place par les États-Unis - détruira nos propres droits constitutionnels et nous jettera dans un cauchemar hobbésien[8]. Nous sommes à un, peut-être deux, attentats terroristes d'un État policier. Il ne reste plus beaucoup de temps.

Nous ne devons pas permettre que les lois et traités internationaux - ceux qui fixent des standards minimaux de comportement et procurent un cadre permettant à des groupes et intérêts sociaux, politiques, économiques et religieux concurrentiels de résoudre leurs différends - soient abandonnés. L'exercice du pouvoir sans loi est de la tyrannie. Et les conséquences de la violation de cette loi par George W. Bush, sa création de trous noirs légaux qui peuvent avaler les citoyens étasuniens avec ceux en dehors de nos frontières, va en ligne directe de la Maison Blanche vers Abu Ghraib, Guantanamo et les prisons militaires dans les villes comme Charleston.

George W. Bush - nous le savons maintenant par la divulgation du mémo de Downing Street - a fabriqué un prétexte légal pour la guerre. Il a décidé d'accuser Saddam Hussein de violation matérielle de la résolution adoptée suite à la Guerre du Golfe de 1991. Il n'avait aucune preuve que Saddam Hussein ait été en violation de cette résolution. Et donc lui et ses conseillers ont fabriqué des rapports d'armes de destruction massive et les ont disséminés à une presse et un public effrayés et manipulés. En bref, il a menti. Il nous a menti ainsi qu'au reste du monde. Il y a des dizaines de milliers, peut-être quelques centaines de milliers de personnes qui ont été tuées et mutilées dans une guerre qui n'a aucune justification légale, une guerre menée en violation de la loi internationale, une guerre qui selon les lois post-Nuremberg est définie comme «une guerre d'agression criminelle».

Nous avons heurté des nations que nous connaissons à peine. Nous sommes pris entre des rivalités amères et des groupes ethniques en concurrence et des dirigeants que nous ne comprenons pas. Nous essayons de transplanter un système moderne de politique inventé en Europe, caractérisé entre autres par la division de la terre en états laïcs indépendants basés sur une citoyenneté nationale dans un pays où la croyance en un gouvernement laïc civil est une foi étrangère. L'Irak était une fosse d'aisance pour les Britanniques quand ils l'occupaient en 1917. Ce sera une fosse d'aisance pour nous également. Nous pouvons commencer un retrait ordonné, ou bien regarder la mission s'écrouler.

Un monde régi par des lois est important. La création des corps et des lois internationaux, l'inviolabilité de nos droits constitutionnels, nous ont permis d'être éminents en tant que nation - une nation qui cherche au mieux à respecter et défendre le régime de la loi. Si nous démolissons le fragile et délicat ordre intérieur et international, si nous permettons à George W. Bush de créer un monde où la diplomatie, la vaste coopération, la démocratie et les lois sont sans valeur, si nous permettons que ces mesures de précaution légales intérieures et internationales se défassent, notre autorité morale et politique chutera. Nous éroderons la possibilité d'une coopération entre nation-états, y compris nos alliés les plus proches. Nous perdrons notre pays. Et nous serons, au final, visités par les démons que nous avons envoyé chez les autres.

Lisez Antigone, quand le roi impose sa volonté sans écouter ceux sur qui il règne ou bien l'histoire de Thucydide. Lisez comment l'empire en expansion d'Athènes le vit devenir un tyran à l'étranger puis un tyran chez lui. Comment la tyrannie que le leadership athénien a imposé aux autres , il l'a imposée finalement sur lui-même. Cela, a écrit Thucydide, est ce qui a condamné la démocratie athénienne; Athènes s'est détruite elle-même. Car l'instrument primordial de la tyrannie et de l'empire est la guerre et la guerre est un poison, un poison que par moments nous devons ingérer comme un cancéreux doit ingérer un poison pour survivre. Mais si nous ne comprenons pas le poison de la guerre - si nous ne comprenons pas combien ce poison est mortel - il peut nous tuer aussi sûrement que la maladie.

Saint Augustin a écrit, l'espoir a deux belles filles. Ce sont la colère et le courage. La colère contre la manière dont sont les choses et le courage de voir qu'elles ne restent pas comme elles sont.

Nous sommes au bord d'un bouleversement économique massif, expulsant des millions de familles hors de leur domicile et dans une détresse financière grave, un bouleversement qui menace de déchirer le tissu de notre société. Nous menons une guerre qui dévore les vies et le capital et qui ne peut être gagnée au final. On nous dit que donner tout ça est ce qui est le mieux pour notre nation, du moins c'est le cas pour tous ceux qui comme George W. Bush et Dick Cheney cherchent à détruire notre nation. Un état de peur n'engendre que la cruauté; cruauté, peur, folie, et puis paralysie. Au centre du cercle de Dante, les damnés restaient immobiles.

Si nous ne nous mettons pas en colère, si nous ne trouvons pas en nous le courage,en fait l'agressivité, de défier ceux dans les partis démocrate et républicain qui nous emmènent vers l'état corporatiste, nous aurons dilapidé notre courage et notre intégrité quand nous en aurons le plus besoin.

 

Traduction française: Henri R.



[1] Programme social créé en 1965 pour aider les enfants des familles à bas revenu http://en.wikipedia.org/wiki/Head_Start - NdT

[2] En français dans le texte - NdT

[3] La Rust Belt (enanglais« ceinture de la rouille ») était nommée jusque dans lesannées 1970la Manufacturing Belt (« ceinture des usines »). Ce changement d'appellation en dit long sur l'évolutionéconomiquede la région. Celle-ci correspondait de longue date à une zone de développement desindustrieslourdes. Lors de laguerre de Sécession, lorsqu'on comparait le Nordindustrialiséau Sud desplantations, c'est de cette région dont il était déjà question. Malgré son déclin la "Manufacturing Belt" réalise encore 40% de la production industrielle du pays, elle est aujourd'hui reconvertie dans les technologies de pointe. - NdT

[4]Accord de 1994 entre le Canada, le Mexique et les États-Unis réduisant ou supprimant les barrières commerciales entre les trois pays. - NdT

[5] Encouragement d'une représentation accrue des femmes et des minorités dans les emplois - NdT 

[6] Le terme extraordinary rendition (littéralement «reddition extraordinaire») désigne une action illégale [1] présumée de l'agence centrale de renseignements américaine, la CIA, qui consiste à enlever des personnes et à les transporter clandestinement dans des pays où la torture est pratiquée afin d'y être interrogé, par exemple l'Égypte, l'Indonésie, la Syrie ou l'Afghanistan ou dans des bases américaines hors du territoire des États-Unis (aussi appelées «black sites»).- http://fr.wikipedia.org/wiki/Extraordinary_rendition - NdT

[7] Personne employée pour publier un commentaire favorable sur les opinions et les actions d'une personne célèbre (habituellement un politicien) pour empêcher une publicité négative. - NdT 

[8] Thomas Hobbes (1588 -1679) est un philosophe matérialiste-nominaliste anglais. Son œuvre majeure, le Léviathan, eut une influence considérable sur la philosophie politique moderne, par sa conceptualisation de l'état de nature anarchique et du contrat social qui fonde les bases de la société civile. - http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Hobbes - NdT

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Mis à jour de ( WEDNESDAY, 24 SEPTEMBER 2008 02:38 )
 
 

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Je vous l'ai déjà dit auparavant : le sacrifice est nécessaire, répondit G. Sans sacrifice, rien ne peut être atteint. Mais s'il est une chose au monde que les gens ne comprennent pas, c'est bien l'idée du sacrifice. Ils croient devoir sacrifier quelque chose qu'ils ont. [...] Non, ce que les gens doivent sacrifier, c'est leur souffrance : rien n'est plus difficile à sacrifier.

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