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Revue de film/livre : Le choix de Sophie Imprimer Email
Écrit par Laura Knight-Jadczyk   
WEDNESDAY, 19 MARCH 2008 23:47
Sott.net
Dimanche 17 février 2008

J’ai lu le roman de Styron, « Le choix de Sophie », quand il est sorti. Je fus fascinée tout au long du livre (et c’est un livre assez long ! 913 pages...). Je ne suis pas allée le voir au cinéma parce que, connaissant l’histoire à l’époque, je ne voulais pas être déprimée. Mes enfants étaient petits et je ne pensais pas pouvoir supporter voir Sophie faire ce choix !

 

©Universal
Le choix de Sophie

Il y a quelques années j’ai acheté le film, mais il resta sur l’étagère pendant longtemps, sans qu’on le regarde jusqu’à hier soir quand la plupart d’entre nous ici à SOTT HQ l’ont visionné. Je ne pense pas que quiconque ici avait lu le livre, donc personne ne savait à quoi s’attendre.

Ark, mon mari polonais quitta la pièce vers la moitié du film parce qu’il ne put supporter qu’on lui rappelle des choses qui étaient bien trop réelles pour lui.

Les autres continuèrent à regarder, hypnotisés par le déroulement inexorable de la tragédie. Après la fin, personne ne parla pendant longtemps.

C’est ce genre de film.

Cependant, certains éléments dans le film ont été laissés de côté ce qui suggère qu'il fût utilisé dans la campagne de propagande d'un l’Holocauste exclusivement juif.

Voyez-vous, le livre insistait sur un point qui fut exclu de la version cinématographique. Le roman de Styron, met explicitement en parallèle les atrocités Nazis/juifs et les terribles abus du Sud de l’Amérique contre les Noirs américains. C’était un thème important – l’universalité de la souffrance – qu’il a ensuite développé plus pleinement en mettant Sophie, une non-juive, au centre de l’histoire.

Dans le roman, la souffrance des juifs EST débattue, mais il est rendu tout à fait évident que la principale cible d’Hitler était les slaves. Il s’assure soigneusement de prouver que l’Holocauste n’est PAS une expérience ou une tragédie exclusivement juive.

Le fait est que 6 millions de citoyens polonais furent tués par les Nazis, dont seulement la moitié était des juifs. Les trois autres millions de victimes étaient chrétiens et/ou catholiques polonais. Pour les Nazis, les Polonais constituaient en fait la Première Cible :

« Tous les Polonais disparaîtront de la surface de la Terre… Il est essentiel que le grand peuple allemand doive considérer que sa tâche principale est de détruire tous les Polonais. » (Heinrich Himmler)

Hitler prit rapidement le contrôle de la Pologne en visant et en éliminant spécifiquement l’intelligentsia polonaise. Un des moyens de contrôle des grandes masses de gens, utilisée par tous les régimes totalitaires dans l’histoire, a été de détruire l’intelligentsia – les classes instruites. (Ceci peut être fait soit en les tuant, soit, comme c’est le cas actuellement aux États-Unis, en dégradant le système éducatif jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour penser).

Les Allemands considéraient les Polonais comme une race inférieure comme les autres nations slaves. Ainsi selon leur plan, les Polonais devaient donc être triés selon des critères strictement racistes. Les Polonais avec des ancêtres allemands devaient être reclassés comme Allemands ethniques. La transformation de la Pologne en province allemande devait être réalisée sur une courte période de vingt-cinq ou trente années. Par conséquent, cette population devait être traitée sans merci.

Et pour garantir le succès de cette spoliation rapide, l’intelligentsia devait être liquidée. « Cela semble cruel, » aurait dit Hitler à Hans Frank, «mais c’est la loi de la vie. »

Par des restrictions sur les mariages, l’abaissement des conditions sanitaires, la réduction des réserves de nourriture et l’enlèvement de centaines de milliers d’hommes valides pour travailler en Allemagne, une campagne biologique fut menée pour réduire brutalement la population polonaise. Les enfants polonais avec de fortes caractéristiques aryennes furent arrachés de force à leur famille et envoyés en Allemagne pour être « re-germanisés.»

La langue polonaise fut interdite et les villes polonaises furent rebaptisées avec des noms allemands. Dans la zone orientale de Zamosc, quelque 110 000 Polonais furent évacués des villages et remplacés par 25 000 colons allemands.

Autrement dit, toute la Pologne devait être traitée comme un camp de concentration. Au cours des quelques années suivantes, des millions d’autres citoyens polonais furent rassemblés comme esclaves pour les fermiers et les usines d’Allemagne ou envoyés dans des camps de concentration où ils furent affamés, contraints à travailler jusqu’à la mort , ou utilisés pour des expériences « scientifiques ».

Les juifs de Pologne furent mis de force dans des ghettos, mais les non-juifs furent emprisonnés très tôt dans des camps de concentration, même à l’intérieur de leur propre pays. Aucun ne fut épargné.

C’est le sujet principal du « Choix de Sophie » : la souffrance des Polonais, et Sophie illustre cette souffrance. Mais ce thème majeur a complètement disparu dans la version cinématographique.

Nathan, le « porte-parole des juifs » dans le roman, est un schizophrène paranoïaque qui pourrait être considéré comme une façon subtile de dépeindre la nature « paranoïaque » de la revendication juive de l’exclusivité de l’Holocauste. Entrelacée avec le thème majeur du livre, l’incapacité de Nathan à s'en sortir se révèle, avec le fait que Sophie, une catholique polonaise, ait subi des souffrances horribles revendiquées comme exclusivement juives.

La décision monstrueuse que Sophie est forcée de prendre (quelquefois idiomatiquement utilisée comme une manière de décrire un choix entre deux options insupportables, un « choix de Sophie »), n’est même pas pleinement représentée dans le film. Dans le roman, Sophie décrit les gémissements et les pleurs de sa fille, malade d'une infection de l’oreille, avant d’être forcée à prendre une décision.

On suggère que son choix fût partiellement influencé par son irritation concernant son enfant, ce qui rend le tout encore plus monstrueux.

Meryl Streep offre une fabuleuse interprétation, tout comme Kevin Kline et Peter McNicol. Tous les trois sont parfaits dans leur rôle. Le film n’est que légèrement lent, mais réussit tout de même à transporter le spectateur. Toutefois le film aurait pu se révéler bien meilleur, si les nuances du choix de Sophie, de même que les thèmes principaux du livre y avaient été inclus. Ces éléments l’auraient rendu fantastique plutôt qu’excellent.

Dans tout le livre comme dans le film, Sophie est confronté à des choix – comme nous tous dans notre réalité actuelle – et dans chaque cas, elle se décide en fonction d'une position d’illusion de sécurité et de peur, et on laisse sous-entendre que quand elle fait un choix, quelqu’un meurt comme une conséquence de son choix.

Par exemple, après que son père et son mari aient été pris par les Nazis (à ce moment, vous penseriez que Sophie aurait réalisé qu’il n’y avait pas de rationalité dans le nazisme puisque son père et son mari étaient des partisans des Nazis et moururent quand même), elle a un amant, Józef, qui est avec sa demi-sœur Wanda un membre de la Résistance polonaise. Ils demandent à Sophie de traduire des documents de la Gestapo volés, mais craignant les conséquences, elle refuse. Deux semaines plus tard, Józef est assassiné par la Gestapo. On a l’impression que si Sophie l'avait aidé, cela aurait pu être évité , mais ce n’est pas certain. Ce n’est que peu de temps après que Sophie est arrêtée et envoyée à Auschwitz avec ses enfants. Donc là encore, se retenir, agir par peur pour soi-même, essayer de se protéger soi-même, n’est pas considéré comme le « bon choix ».

Quand Sophie est dans la file à Auschwitz, elle essaie encore de se sauver avec ses enfants en disant à un médecin qu’elle est une bonne catholique, une partisane du Reich, etc. Bien qu’elle prétende soutenir les Nazis par peur pour elle-même et ses enfants, et qu’elle essaie de les sauver, c’est cet acte qui va précipiter le terrible choix. Il est clair qu’il n’y a aucune humanité dans la mentalité nazie et c’est quelque chose que Sophie ne semble jamais saisir. Elle continue à penser qu’ils sont des humains normaux, qu’on peut les raisonner, faire appel à leur conscience, quand il est clair que ce sont des psychopathes sans aucune conscience . Cela se produit encore dans ses interactions avec le commandant Hess. Elle refuse d’aider la Résistance dans le premier cas cité précédemment, et recommence là encore dans le camp de prisonniers où on lui demande de voler un poste de radio. Elle s’affaisse par peur à nouveau et prétend être partisane des Nazis pour essayer de se sauver elle-même et son fils ; le résultat est négatif : son fils meurt de toute façon. Si elle avait consenti à aider la Résistance dans les deux cas, il est tout à fait possible que, même si ses enfants n’avaient pas été sauvés, et même si elle avait été tuée, d’autres auraient pu être épargnés par des actes courageux.

Mais Sophie n’a pas de courage. Elle n’est guère plus qu’un paquet de peurs et d’émotions névrotiques, pataugeant dans un monde devenu fou comme un poisson hors de l’eau.

Et c’est le cas pour beaucoup de gens aujourd’hui. C’est un film qui vaut la peine d’être vu et revu ne serait-ce que pour ressentir l’impact de ce qui se passe dans notre monde et ce qui sera une conséquence soit de ne pas agir, soit de renier ses principes pour la paix et la sécurité. C’est aussi une excellente manière de ressentir l’impact de la réalité psychopathique qui est créée autour de nous en observant les interactions de Sophie avec les Nazis.

Encore et encore, Sophie fait les mauvais choix jusqu’à ce qu’il soit finalement vraiment trop tard. Elle semble enfin comprendre que se sauver elle-même ne vaut pas le prix qu’elle a payé de son âme, et retourne à l’étreinte mortelle de son amant juif qui, dans sa schizophrénie paranoïaque, prend leurs deux vies.

Peut-être une leçon prophétique pour notre propre temps.

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La vidéo montre le moment horrible ou l'on demande à Sophie de choisir lequel de ses enfants vivra ou mourra.

 

Traduction française: Henri R.

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Mis à jour de ( THURSDAY, 20 MARCH 2008 00:11 )
 
 

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